Photographie #7

Publié le 16 Mai 2015

Conférence, clôture du festival European Lab. © Rébecca Pinos.

Conférence, clôture du festival European Lab. © Rébecca Pinos.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

​Par Mathilde Beaugé.

Nan Goldin à l’European Lab de Lyon : le portrait d’une époque

La photographe américaine Nan Goldin faisait salle comble hier soir dans l’hémicycle de l’Hôtel de Région de Lyon, pour la conférence de clôture de du festival European Lab. La rencontre fut épique : plus d’une heure de retard sur l’horaire prévu, cannette à la main et vernis écaillé, l’artiste aurait même quitté la scène au bout de quelques minutes si le modérateur ne l’avait pas retenue. D’abord sidérés, on comprend ensuite peu à peu la complexité du personnage ; Nan Goldin a tout vu des années 70 et son travail représente une véritable révolution dans le monde de la photographie. Personne, comme elle, n’est jamais allée aussi près des gens.

Le ton est donné avec la projection de son film Ballade de la dépendance sexuelle, diaporama de quarante minutes avec bande-son d’époque. On pensait connaître l’artiste, quelques articles, quelques photos Google. Les centaines de clichés projetés ici nous laissent sans voix, secoués par le portrait d’une humanité abîmée d’être trop vivante. Nan Goldin a tout capturé, tout osé : les hommes, les armes, les enfants, les blessures, les fêtes, les nuits, le sexe, la drogue, Warhol, la masturbation, une infinité de visages, de duos, la mort, la maladie, la naissance, tout. Jamais un seul banal paysage ; uniquement l’être humain dans une intimité inégalée qui nous laisse avec une question insoluble : qui était Nan Goldin pour avoir la légitimité de photographier ces instants ? Quelle est la place du photographe dans une scène qui ne devrait jamais avoir vocation à être rendue publique ? Tout le mystère est là, et il est fascinant.

« Mon appareil est une extension de moi-même » explique la photographe. Elle définit même sa volonté de rendre le privé public comme un acte politique. Le réel doit être montré, ses proches devaient être photographiés pour ne jamais mourir. Une bonne partie d’entre eux sera décimée par le SIDA des années 80. On observe rapidement que les clichés de Nan Goldin n’ont rien de technique ou de compositions mûrement réfléchis ; ils sont des instants de vie qui n’ont même pas l’excuse d’être volés. Les modèles, ses amis, sa famille, lui donnaient tous les droits de voir à l’intérieur de leur vie, à l’intérieur d’eux-mêmes. L’influence qu’aura la photographe au sein de son art est celle d’une forme confessionnelle, dont le fer de lance est une sincérité farouche à révéler la réalité de chacun.

« Nous ne sommes plus d’accord sur ce qui est réel » exprime-t-elle à propos de notre époque dont elle semble se détacher profondément. « Il y a beaucoup trop de photos dans le monde. Vous n’êtes pas obligés de voir les choses à travers Twitter, à travers Facebook, il y a un choix à faire. » Aussi débraillée soit-elle, Nan Goldin est formidablement sociale, engagée, mêlant avec une incroyable dextérité sa vie privée et son travail, comme s'ils ne faisaient qu’un. Elle s’était jurée de quitter les États-Unis si Bush était élu. Elle l’a fait, et après un temps à Paris, elle s’est installée à Berlin en 1983.

À 62 ans, la photographe a encore beaucoup de projets, notamment des performances artistiques à New-York prévues à l’automne. « L’entourage que j’ai photographié a été anéanti » ; c’est pourtant dans son regard que l’on décèle l’immortalité qu’elle voulait lui donner.

Tous droits réservés ©

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

© Nan Goldin.

Rédigé par Mathilde Beaugé

Publié dans #Photographie

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