Les blousons noirs, Photographie

Publié le 25 Novembre 2016

Les blousons noirs de Yan Morvan

 

Lauréat du prix Robert Capa, photographe de guerre reconnu, Yan Morvan a connu plusieurs vies. Dans son dernier livre, Blousons noirs, paru fin septembre, il nous entraîne dans un voyage dans les années 70, à l’époque où ces mauvais garçons faisaient trembler la France. 

 

Dès les années 50 le rock’n roll débarque en France, en provenance des États-Unis. Pour la jeunesse issue du baby boom, c’est une révélation. Les rockeurs se multiplient, et parmi eux, certains se regroupent en bandes, traumatisant la jeunesse parisienne à la sortie des bals et des concerts. On les appelle les blousons noirs. Leur devise “vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre”.

 

Vingt ans après, en 1975, Yann Morvan, alors âgé de 23 ans, est étudiant en cinéma à Vincennes et pigiste pour l’agence photo de Libération. Il vend aussi des bagues en métal et fait la connaissance d’un garçon boucher qui lui achète une bague à tête de mort, et accepte d’être pris en photo. Ce dernier le présente à ses amis qui se laissent à leurs tours photographier. Yan s’intègre dans le groupe de bikers parisiens, dont il va suivre le quotidien, lui permettant de réaliser son premier reportage. “Dès mes débuts dans la photographie, j’ai commencé à raconter des histoires. Les blousons noirs, c’est l’histoire que j’ai vécu pendant trois ans avec les loubards, les marginaux, les fifties, les hell’s angels etc.” explique Yan Morvan. 

 

Pour la plupart fils d’immigrés, leurs parents sont venus chercher dans la France des Trente Glorieuses un travail mieux payé. Ils vivent chez leurs parents dans le Paris des faubourgs ou en banlieue et se réunissent le samedi soir pour des virées sur les Champs ou à la Bastoche, où, armés de chaînes de vélo et de serpettes d’électricien, ils dépouillent les “chevelus” de leur cuirs et leurs santiags. Le rite de passage pour intégrer la bande. Une immersion qui n’est pas de tout repos pour Yan Morvan, qui frôle plusieurs fois la mort au cours de cette période.

La première au cours d’une rixe entre bandes rivales. La seconde à la parution de son livre (Le cuir et la baston), quand des Hells Angels, furieux, détruisent son appartement à la carabine. Il raccroche peu de temps après. Son livre Blousons noirs, financé grâce à une campagne de crowdfunding, retrace cette histoire.

 

Quatre décennies plus tard, il rassemble une série exceptionnelle de ses photos, pour la plupart inédites, en noir et blanc, qui rappelle qu’il fut le premier à illustrer la perte de repères de la jeunesse des banlieues françaises. Un livre formidable, “fait dans une espèce de pulsion, d’énergie… le début d’une aventure qui se poursuit aujourd’hui, quarante ans après” commente l’artiste.

 

Ariane Dubois.

Les blousons noirs, Photographie
Les blousons noirs, Photographie
Les blousons noirs, Photographie

Rédigé par Ariane Dubois

Publié dans #Photographie, #Livre, #Exclusif, #Art

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